Les gangs et les itinérant.e.s, menaces urbaines ou produits de la « ville créative » ? Réflexions sur un problème public montréalais.

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Paco Garcia
Stagiaire, maîtrise en sociologie, Université de Montréal
pgarciabx@gmail.com

Résumé

Ce texte est le fruit d’une recension des écrits sur les questions de déviance à Montréal qui réunit 250 documents. Après l’étude bibliométrique de celle-ci et du contexte local, il est apparu que les questions de gangs de rue et d’itinérance occupaient assez largement le champ des problèmes sociaux depuis les années 1990. Cet article a pour ambition de revenir sur la constitution de ces phénomènes comme problèmes publics, tout en interrogeant le rôle des différents acteurs montréalais (étatiques, académiques, communautaires) sur ce processus. C’est une invitation à historiciser le fait social urbain, en s’intéressant aussi aux entrepreneurs de morale.

Mots-clés : Montréal, itinérance, gangs (de rue), problème public, sécurité urbaine

Introduction

Si l’on se réfère aux définitions de la déviance qui font foi en sociologie, il apparait que, davantage que le comportement ou le fait en lui-même, c’est sa confrontation à la norme qui lui donne sa qualité de déviant. C’est le propos de Howard Becker dans Outsiders : « Les groupes sociaux créent la déviance en inventant les règles à certains individus qu’ils désignent ainsi comme des outsiders. La qualité n’est pas une qualité de l’acte commis, mais plutôt la conséquence de l’application par autrui de règles et de sanctions à l’encontre du contrevenant » (Becker, 1985 : 32). L’étude des comportements déviants, mais aussi et surtout celle de la construction des polémiques autour de ceux-ci, traverse l’École de Chicago, dont Becker représente la deuxième génération. Cette intuition sur la force de l’étiquetage sera approfondie et illustrée par les travaux de Joseph Gusfield (1986), qui décrira comment la consommation d’alcool au volant s’est constituée comme question sociale. Pour résumer ce processus, Laurent Mucchielli, identifie quant à lui trois étapes successives et nécessaires à la qualification d’un phénomène comme déviant : « une norme, une transgression de cette norme et une réaction sociale à la transgression de cette norme » (Mucchielli, 2014). Dans une perspective d’analyse des problèmes publics, Daniel Céfaï nous explique que « nous n’avons plus affaire au traitement d’une dysfonction ou à un conflit de valeurs, mais à une activité collective qui est attribuée le label de déviant » (1996 : 46). L’existence même d’un problème public « se joue dans une dynamique de production et de réception de récits descriptifs et interprétatifs ainsi que de propositions de solution » (Céfaï, 1996 : 47). De ce fait, la mise en œuvre de politiques publiques et la communication autour de celles-ci, qu’on peut estimer comme étant une étape avancée de « réaction sociale », participent à la désignation des comportements comme déviants. Nous pouvons même postuler qu’en choisissant son objet, le chercheur participe lui-même à cette réaction sociale, ne serait-ce qu’en considérant qu’il est pertinent de l’étudier. Ils entérinent même la déviance de certaines pratiques en se constituant en groupe de chercheurs autour d’un sujet donné.

            À l’occasion d’une recension des écrits sur question de la déviance à Montréal[1] pour le partenariat de recherche Transformative Youth Spaces (TRYSPACES), il est apparu que l’itinérance et les gangs de rue[2] dominaient assez largement le champ des problèmes en sciences sociales depuis les années 1990. En plus de représenter une grande part des recherches empiriques à l’échelle montréalaise, ils occupent aussi une part importante du discours et des politiques publiques de sécurité sur cette même période.

            Si ces phénomènes sont souvent étudiés par des disciplines distinctes – le travail social pour l’itinérance et la criminologie pour les gangs de rue – il apparait qu’ils partagent de nombreux points communs. Ils ont fait irruption dans l’espace public montréalais au même moment, en mobilisant les acteurs universitaires et institutionnels. De ce fait, les politiques publiques de l’époque en matière de sécurité ont été pensées pour y répondre. Ce tournant des années 1990 en termes de problématiques correspond à la période d’un nouveau « paradigme de la sécurité humaine [et], réoriente les préoccupations sécuritaires traditionnelles de l’État-Nation (protection du territoire, protection civile, ordre public) vers celles de la population générale dans son expérience quotidienne (santé, bien-être, vivre-ensemble) » (Boudreau et Kapo Touré 2017 : 5). Ce nouveau paradigme de la sécurité publique dans la métropole s’ancre lui-même dans un contexte bien spécifique pour les États occidentaux : réduction des dépenses publiques, apparition de nouveaux enjeux liés à l’économie (nouvelles technologies, écologie) et de nouvelles menaces potentielles (terrorisme international, catastrophes environnementales).

            Cette période est également celle du développement des politiques urbaines dites « entrepreneuriales » (Harvey, 1989) ou « néolibérales » (Hackworth, 2007). Bien que les définitions et la valeur heuristique de ces concepts aient fait l’objet de controverses (Béal, 2010), ils mettent en avant la place croissante du développement et de l’attractivité économiques dans les politiques urbaines. Au sein de « l’économie de la connaissance », de l’économie « post-industrielle », du « capitalisme cognitif », les villes sont perçues comme les nouveaux centres économiques mondiaux. La thèse controversée de Richard Florida autour de la « classe créative » et de la « ville créative » est illustrative de la nouvelle importance du cadre urbain et de ses aménités comme facteur central du développement économique (2002). Elle met également en évidence la tendance à favoriser l’implantation d’une certaine « classe » dans la ville, souvent au détriment de certaines populations. Les phénomènes de gentrification sont ainsi les corollaires de ce type de politiques urbaines.

            Si les problématiques de sécurité dans la ville apparaissent dans ce contexte, alors postulons qu’il joue un rôle déterminant sur l’apparition de celles-ci. En effet, il semble que les menaces susceptibles de déstabiliser la métropole montréalaise à partir des années 1990 soient les conséquences de sa métropolisation. Inscrire Montréal dans un positionnement international, au même titre que les autres métropoles nord-américaines (Toronto, New-York, Los Angeles, Chicago) a nécessité d’adopter le modèle de la ville néolibérale, source de multiplication des conflits urbains (Hernandez, Trudelle et Koci, 2013). Il s’agit donc de réaliser une analyse croisée de l’étude et de la gestion de l’itinérance et les gangs de rue à Montréal, dans leur constitution comme problèmes publics. Comment le champ académique montréalais a-t-il appréhendé les questions de déviance ? De quelle façon l’itinérance et les gangs de rue sont-ils devenus la principale menace sur l’île depuis les années 1990 ? Quelle place occupe le mouvement de métropolisation montréalais dans ces phénomènes ?

            Pour cela, il s’agira tout d’abord de revenir sur la question de l’étude de la déviance à Montréal en sciences sociales au XXème siècle. Ensuite, il sera question de développer sur la réalité des questions de déviance en milieu urbain et leur constitution en problème public à partir des années 1990. Cette mise en parallèle de l’itinérance et des gangs de rue nous amènera à nous intéresser aux similarités de ces deux phénomènes qui engagent un espace public en redéfinition. Enfin, nous développerons sur le caractère construit de ces faits sociaux comme problèmes publics, mais aussi sur le rôle de la ville néolibérale comme créatrice de ses propres ennemis. Cet exercice nous amènera à formuler quelques remarques conclusives sur les questions de sécurité dans la ville néolibérale.

1. Une histoire de la déviance dans les sciences sociales montréalaises à travers les gangs et l’itinérance

1.1. Avant les années 1990 : le catholique et le pathologique

Pour être désigné comme déviant, c’est-à-dire faire l’objet d’une réaction sociale qui le sanctionne, un phénomène ou un comportement doit être visible dans l’espace public. Les déviances les plus (re)connues et stigmatisées sont celles qui font l’objet d’un débat public, souvent à l’origine de politiques publiques visant à les corriger. On remarque par exemple que le chômage de masse, qui apparait à la fin des Trente Glorieuses et qu’on reconnait comme facteur d’insécurité de toutes sortes chez les jeunes, a donné lieu à la mise en œuvre de politiques publiques leur étant destinées dans les années 1980 (Bailleau, 1993). Avant le XXème siècle, on ne peut pas parler de gestion publique de la déviance au Québec, le lieu de régulation de celle-ci se trouve être principalement la famille (Nootens, 2007). Ces phénomènes n’apparaissent pas comme faisant l’objet de politiques publiques comme nous pouvons l’entendre aujourd’hui : c’est plutôt l’Église qui incarne ce rôle de contrôle de la déviance. En effet, jusqu’à la Révolution tranquille, la notion de déviance est liée à la transgression de la morale catholique. Est par exemple considérée comme une « transgression » la baisse de la fécondité au Québec à la fin du XIXème siècle (Gauvreau, 2004) puisqu’étant en contradiction avec l’idéal de famille nombreuse dans le catholicisme. Sont qualifiées de déviantes les femmes qui, durant l’entre-deux guerres, divorcent, ont des enfants hors-mariage, utilisent la contraception, ou se prostituent (Levesque, 1989). L’existence de manuels de sexualité maritale à destination des jeunes couples jusque dans les années 1960, témoigne de l’existence d’une norme fixée par l’église (Perreault, 2004). S’il est très courant de s’adonner à des raccourcis sur le rapport entre Révolution tranquille, sécularisation et modernité, – notamment sur le fait qu’il n’y a « pas de lien nécessaire entre la montée d’une culture scientifique et technique et le reflux de la religion » (Routhier 1996 : 79) – au Québec, nous assistons incontestablement à une « laïcisation » du social à partir des années 1960 (Baubérot, 2013). Celle-ci se manifeste de fait dans les milieux d’éducation et de recherche dont le Ministère de l’Éducation du Québec aura la charge à partir de sa création en 1964, à la suite du rapport Parent (Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, 1965). Ce rapport suggère aussi une réforme des universités, qui amènera à terme une formation plus poussée des enseignants et des chercheurs. La laïcisation est un facteur important de la reconsidération de la déviance et de sa régulation par l’État, qui gère les problèmes sociaux et l’éducation, qui devient publique.

            La fondation du département de Criminologie de l’UdeM (1960) par Denis Szabo, détenteur d’un doctorat en sociologie, peut être un exemple de témoignage de la volonté de rechercher les causes sociales de la déviance. Ses neuf axes de recherche (1964) nous renseignent plus précisément sur sa philosophie générale à l’époque. Outre ceux se concentrant sur les problématiques opérationnelles de la sécurité publique (formation de la police, analyses factorielles de la récidive), celui nommé « recherches sur la moralité adolescente » nous indique que nous sommes encore loin de la conception sociologique de la déviance du XXIème siècle. Une des enquêtes de cet axe consistait par exemple en l’étude de questionnaires sur les valeurs morales de jeunes hommes regroupés en trois catégories : « justiciers, délinquants, non-délinquants[3] ». Bien qu’il ne soit plus question de transgression de quelconque norme religieuse et que des cours de sciences sociales soient dispensés, transparait le champ lexical de la morale et de la pathologie : rééducation, valeurs morales, etc. À ce titre, les publications du numéro de la revue Criminologie[4] dirigée par Denis Szabo fournissent de précieux renseignements sur l’appréhension de la délinquance par les spécialistes du champ de l’époque. La première parution sous son nouveau nom en est un exemple probant : en plus d’être le numéro fondateur, le dossier thématique porte sur la délinquance juvénile. On y retrouve ce champ lexical de la pathologie, notamment dans l’article de Marcel Fréchette (1975) « délinquance, socialisation et névrosisme » et des considérations générales sur « la délinquance d’hier et de demain au Québec » (LeBlanc, 1975) basées sur l’analyse des taux d’arrestation. Enfin, Denis Szabo nous fait part d’une note de lecture sur l’ouvrage The new criminology (1973) dans laquelle il regrette un « holisme sans nuances » et un « angélisme prophétique » des auteurs, affirmant ceci :

Il me semble, au contraire, que les forces du mal sont vraiment à l’œuvre et dans l’histoire, et dans l’esprit et le cœur des hommes. Accepter cette donnée fondamentale de la condition humaine, la possibilité de la défaite comme celle de la victoire implicite dans le principe même de notre liberté d’agir, c’est faire preuve d’humanité et non seulement d’humilité. La manière concrète dont l’homme et la société réagissent au triomphe du mal est évidemment sujette à critique et celle-ci doit être permanente. (Szabo, 1975 : 188)

Le champ lexical du pathologique mais aussi de l’opposition bien/mal indiquent que l’intention est plus de produire une expertise criminologique opérationnelle que de proposer une sociologie criminelle. Ces orientations seront analysées a posteriori par les générations suivantes de criminologues montréalais, notamment par Pierre Landreville, directeur du département de Criminologie de l’UdeM sur les périodes 1983-1991 et 2003-2005[5]

            Notons à ce stade quelques remarques à propos de l’écosystème délinquant québécois et de son étude jusqu’aux années 1990. Tout d’abord, avant de désigner un groupe de jeunes racisés des quartiers déshérités de grandes villes en Amérique, les « gangs » sont des groupes de motards[6]. Ces derniers semblent être l’expression la plus poussée de la déviance criminelle à Montréal, principale cause de l’insécurité, ou du moins de son sentiment (Alain, 1993), bien aidée par les médias télévisés d’hier (Parent, 1993) et d’aujourd’hui. D’autre part, on trouve peu de travaux en sciences sociales sur ces sujets dans les années 1990, encore moins de recherches de terrain. Si l’on trouve pléthore d’essais journalistiques ou des travaux d’histoire sur les mafias québécoises et les gangs de motards à partir des années 2000, il n’existe pas d’étude sociologique de terrain s’intéressant aux modalités d’engagement et d’affiliation à ce type de groupes criminels aux moments où ils sévissaient le plus. Enfin, il est intéressant de noter que c’est à partir de la 3ème édition du « Traité de criminologie empirique » (2003) que des chapitres se concentrent sur le crime organisé (qui comprend les mafias italiennes, les activités criminelles des gangs de motards et les gangs ethniques) et l’itinérance. Si cela ne nous assure pas de l’absence effective de ces catégories de « déviants » avant les années 1990, cela nous indique qu’ils n’étaient un sujet ni pour les universitaires ni pour les pouvoirs publics.

1.2. Depuis les années 1990 : le gang et l’itinérant, nouvelles menaces urbaines

Tant pour l’itinérance que pour la question des gangs de rue, tant de la part des pouvoirs publics que du champ universitaire, c’est à partir des années 1990 que ces phénomènes sont désignés comme problèmes publics. C’est aussi à ce moment qu’ils deviennent des objets d’études sociologiques propres. Bien que « les premiers rapports de police [fassent] état de gangs dès 1986 » (Chalom et Kousik[7], 1993 : 92) et qu’on puisse supposer que l’itinérance ne soit pas un phénomène exclusif au XXIème siècle, c’est à cette période qu’on voit apparaitre une production scientifique récurrente et autonome sur ces sujets. Cette productivité sera d’autant plus soutenue que les années 1990 et le début des années 2000 correspondent à la naissance de regroupements de chercheurs qui se spécialisent sur ces questions (chaires, centres de recherche, collectif de chercheurs…) et aspirent à travailler avec les milieux communautaires. Cette inflation de la recherche sur les nouvelles questions de sécurité urbaine se superposera à l’abondance de la littérature grise sur le sujet à la même période : rapports, avis ou de plan d’interventions du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) ou de la Sureté du Québec (SQ) par exemple. Cette abondance de littérature grise et scientifique, qui est en fait une mise à l’écrit d’études, de recherches et d’interventions de terrain, témoignent de l’intérêt et des moyens mis en place par le gouvernement à partir de cette époque. En effet, ces deux phénomènes qui engagent la rue, surgissent dans le débat public québécois au même moment.

            L’année 1987, qui a été déclarée année internationale du logement des sans-abris par l’Organisation des Nations Unies (ONU) a vu la création du Comité des sans-abri de la Ville de Montréal. Ce dernier, composé de travailleurs sociaux et d’administrateurs communautaires, a rendu un rapport qui comporte 40 propositions concrètes et enjoint l’administration municipale à l’étudier sérieusement tout en engageant des actions précises et de court terme. Sa contribution à la considération du phénomène par les pouvoirs publics s’est aussi illustrée par la tentative de définition d’une personne en situation d’itinérance qui fait toujours foi auprès des organismes communautaires et des institutions aujourd’hui. En 1988 est déposée la thèse d’anthropologie de Marguerite-Michelle Côté[8], premier travail de recherche en sciences sociales sur l’itinérance en terrain montréalais. Celle-ci sera suivie d’autres thèses sur le phénomène qui structureront le champ de la recherche montréalais, notamment celles de Michel Parazelli (1997), Céline Bellot (2003) et Annamaria Colombo (2008). On compte à partir de cette période une augmentation importante des travaux de recherche sur l’itinérance. En témoigne la multiplication par 10 des publications scientifiques sur le sujet entre les périodes [1980 – 1986] et [1987 – 1993] (Laberge et al. 1995). Cette multiplication des parutions sur l’itinérance ira de pair avec la création de structures spécialisées sur la question, notamment le Collectif de Recherche sur l’Itinérance (CRI) dès 1994, composé de chercheurs, d’intervenants et de représentants d’organismes publics et communautaires. Ce dernier, financé par le Conseil Québécois de la Recherche Sociale (CQRS) qui deviendra le Fonds de Recherche du Québec Société et Culture (FRQSC) sera remplacé[9] par le Collectif de Recherche de Montréal sur les Inégalités Sociales et les discriminations (CREMIS) fondé en 2004. Cette inflation de la production scientifique sous l’égide de structures et financée par le gouvernement québécois est à mettre en parallèle avec la littérature grise tant au niveau provincial que municipal. En effet, entre le rapport du Comité des sans-abri de la Ville de Montréal (1987) qui en est l’exemple fondateur, et l’avis sur la prévention de l’itinérance jeunesse à Montréal du Conseil Jeunesse de Montréal (CjM) en 2017 qui en est l’exemple le plus récent, on trouve nombre de publications institutionnelles sur le sujet.

            Concernant les gangs de rue, au-delà des premiers rapports de police 1986 dont font état Chalom et Kousik en 1993, il semble qu’ils commencent à occuper le champ des problèmes publics à partir des années 1990. Le problème public « gangs de rue » se construit au cours de la décennie pour marquer son apogée à la fin des années 2000, c’est-à-dire avec quelques années de décalage avec l’itinérance, mais de la même manière. Il s’est agi tout d’abord de trouver une définition faisant foi[10] et de baliser le phénomène pour les institutions. Cela créera les conditions d’une production scientifique sur le sujet. Dès lors, celle-ci amènera le SPVM à faire une distinction entre les « bandes de jeunes », les « gangs de rue émergents » et les « gangs de rue majeurs » pour différencier les groupes de jeunes délinquants des organisations criminelles et faire état de leur niveau de structuration. Notons que le premier travail académique portant sur les gangs de rue montréalais est un article dont l’objet n’est précisément pas l’entité gang : c’est le quartier multiethnique et les jeunes y vivant qui sont étudiés (Laperrière, 1989). Si la production scientifique semble être peu importante à cette période, c’est un sujet au moins aussi important que l’itinérance pour le SPVM, un tiers du recueil « Violence et Déviance à Montréal » (Chalom et Kousik, 1993) étant consacré aux gangs de rue. A partir des années 2000, le sujet prend encore plus d’importance, en témoigne l’inflation de la production universitaire[11], mais aussi de livres et d’essais sur le sujet[12]. Cette augmentation d’écrits sur la problématique « gang de rue » est accompagnée de la création d’institutions spécifiques à celle-ci, telles que le Centre Jeunesse de Montréal et la Direction de la protection de la jeunesse. Enfin, les organismes publics en charge de la sécurité produiront de la littérature grise sur le sujet, notamment les « Plan d’intervention québécois sur les gangs de rue » des périodes 2007-2010 et 2010-2014.

            Au-delà du fait qu’ils engagent tous les deux la rue comme espace, l’itinérance et les gangs de rue ont été constitués comme problèmes publics à la même période, c’est-à-dire à partir des années 1990. Si l’on peut présumer que la présence de sans-abri et de criminels organisés existait avant, c’est à cette période que les divers acteurs ont commencé à les considérer comme entités autonomes et à les traiter par ces entrées, à savoir « itinérance » et « gang de rue ». C’est-à-dire que bien que l’existence des itinérant.e.s précède les années 1990, le terme et leur constitution comme problème public apparait à cette époque. Ils furent considérés comme toxicomanes, ou bien fous (Nootens, 2007) en fonction des époques. Pour leur part, les ancêtres des gangs de rue furent désignés comme mafia, ou comme individus vivant dans un quartier multiethnique. Aujourd’hui, c’est par leur « occupation déviante » de l’espace public qu’ils sont désignés : l’itinérant a pour domicile l’espace public, tandis que le « membre de gang » y exerce des activités potentiellement illégales et nuisibles. Ces populations sont les premières visées par l’interdiction de flâner dans les lieux publics, qui a donné lieu à des polémiques, notamment à Montréal-Nord.

2. Les gangs de rue et les itinérant.e.s : problème public dans la ville globale

2.1. Des pratiques stigmatisées similaires dans un contexte commun : deux faces d’une même pièce ?

Sans qu’il soit pour autant possible de mesurer les véritables conséquences du recueil de Chalom et Kousik, force est de constater que les « violences et déviances » identifiées en 1993 constitueront le fil rouge des questions de sécurité urbaine des années à venir. C’est à partir des années 1990 que sont fixées les réputations territoriales en fonction de ces deux menaces urbaines désignées. Les itinérant.e.s et les gangs de rue occupent des terrains différents à Montréal : les premiers sont présents au centre-ville de Montréal[13], tandis que les seconds sévissent dans des zones plus périphériques. Ces réputations seront suivies par les chercheurs des deux champs en train de se constituer pour choisir leur terrain. C’est en cela que les phénomènes de gangs de rue et d’itinérance sont similaires : ils rassemblent et désignent un ensemble d’acteurs stigmatisés pour leurs pratiques transgressives sur des territoires donnés.

            Michel Parazelli, dans sa thèse de doctorat en études urbaines sur les jeunes de la rue explique avoir « restreint le territoire d’analyse aux secteurs du Faubourg Saint-Laurent ainsi qu’au segment de la rue Sainte-Catherine (elle aussi objet de revitalisation) fortement fréquenté par les jeunes de la rue » (Parazelli, 1997 : 173). Ce terrain sera au centre de ses recherches ultérieures sur le sujet (Parazelli, 2000 ; 2002), mais aussi celui de la thèse de Céline Bellot : « […] les lieux observés correspondaient à l’ensemble d’un quadrilatère de recherche que j’avais défini comme étant le centre-ville pour cette recherche. Il s’agit des rues comprises entre St-Laurent/Papineau et Sherbrooke/Viger » (Bellot, 2003 : 94). Ce terrain, où semblent se concentrer les itinérant.e.s observables sera même repris par d’autres chercheurs qui feront explicitement référence aux recherches de Parazelli et Bellot (Noël 2004 ; Colombo, 2008). L’entité « gangs de rue » est aussi étudiée sur des terrains bien spécifiques à Montréal : les arrondissements d’immigration du Nord-Est de Montréal. C’est d’ailleurs à l’échelle du quartier que l’on évoque d’abord la question des gangs de rue montréalais, qui sont un des acteurs de l’écosystème local. L’article d’Anne Laperrière (1989) décrit les relations interraciales et la perception des jeunes dans un quartier mixte à Montréal, et les gangs y sont considérés comme une manière de conserver son intégrité et d’entretenir des liens solidaires avec ses pairs. Si le côté problématique des gangs de rue n’est pas éludé, il n’est pas question du gang comme un groupe criminel sorti de nulle part, mais comme une organisation dans un contexte local. Le champ de l’étude des gangs de rue se constitue progressivement dans les années 1990, notamment à travers la revue de littérature « Jeunesse et gangs de rue[14] » présentée au Service de Police de la Communauté de Montréal (SPCUM, devenu SPVM en 2002). En 2003, l’ouvrage Le gang : une chimère à apprivoiser des anthropologues Marc Perreault et Gilles Bibeau, se veut être la première recherche de grande ampleur sur les gangs de rue montréalais. Ces derniers identifient principalement trois quartiers où les gangs représentent un phénomène majeur et déstabilisant leur environnement : Saint Michel, Montréal-Nord et Parc Extension. Le focus sur ces territoires sera repris dans une étude de la même importance plus de dix ans plus tard (Tremblay et al. 2016).

            Les itinérant.e.s et les gangs de rue n’ont pas seulement le point commun d’être présents dans des espaces publics spécifiques à Montréal, ils les marquent de sens, jusqu’à ce que l’on les associe à eux. On peut difficilement appréhender ces phénomènes en les dissociant du territoire urbain qu’ils se sont appropriés et auquel ils appartiennent dans le même temps. Très tôt, les travaux en sciences sociales font référence aux lieux d’action et de vie des itinérant.e.s (Parazelli, 1995) et des gangs de rue (Laperrière, 1989) qui leur sont propres, et considérés comme primordiaux dans la construction identitaire du groupe. Ces thèmes sont appréhendés à travers des indicateurs semblables, ceux du sentiment d’appartenance et d’identification, car ce sont des formes alternatives de socialisation (Parazelli 1996 ; Hallée et. al, 2008). En effet, l’appartenance à un gang ou la vie d’itinérant sont des styles de vie considérés comme déviants avant même l’évocation d’une éventuelle activité criminelle. Les codes sociaux particuliers de ces groupes interrogent, comme leur expérience esthétique significative (tatouages, coupes de cheveux, habits, piercing…), tant chez les itinérant.e.s (Parazelli, 2002), que chez les membres de gangs (Perreault 2005). Concernant les méthodes, notons que l’informalité voire l’illégalité de leurs pratiques impliquent deux invariables dans l’approche de ces populations : (1) la nécessité de les dénombrer et de les intégrer à des structures ou des programmes qui les suivent et peuvent éventuellement les aider ;(2) la nécessité de passer par des structures ou des programmes pour pouvoir les dénombrer et les étudier. Cela engage de fait les acteurs communautaires, les services de santé et les services sociaux locaux dans l’étude du phénomène. Il est difficile de sortir des sentiers battus et la tentation du recyclage des terrains est d’autant plus forte.

            Enfin, il semble que ces populations se soient se soient heurtés aux orientations prises par la métropole montréalaise à partir des années 1990, qui se veut une ville ouverte au tourisme et aux investissements, idéale pour accueillir la creative class mondiale (Florida 2002). Nul doute qu’un processus de transformation de l’économie se met en marche à cette époque :

L’économie de la région montréalaise qui a longtemps été basée sur des industries traditionnelles a accentué son virage vers l’économie du savoir à partir du début des années 90. Ses industries sont aujourd’hui davantage centrées sur la créativité et le savoir, lesquelles reposent sur des atouts concurrentiels tels que les nouvelles idées et l’innovation plutôt que sur les ressources naturelles et les coûts du transport, comme c’était le cas auparavant (Stolarick, Florida, et Musante 2005 : 2)

La métropole, qui s’engage dans la voie de la ville créative à l’aune du XXIème siècle, voit sa sécurité publique repensée au niveau provincial et municipal. À la suite d’évènements propres au contexte local et aux attentats du 11 septembre 2001, on assiste à une évolution du cadre juridique, une professionnalisation des services de sécurité québécois (Boudreau et Kapo, 2017). Cette restructuration vise directement à répondre aux nouvelles questions de sécurité urbaines qui pourraient menacer la ville globale. Les gangs de rue et les itinérant.e.s en parasitent le succès : ils ne sont pas intégrés au système productif, causent des nuisances, etc. Ces problématiques, aussi diverses et différentes soient-elles entre gangs de rue et itinérant.e.s trouvent des recommandations communes de la part du champ académique. Malgré les différentes cultures disciplinaires, les chercheurs montréalais, souvent associés aux acteurs communautaires, font des propositions parallèles sur ces sujets. Si deux parallèles ne se croisent, par définition, jamais, elles ont le mérite de pointer dans la même direction. En effet, des recherches exploratoires dans les années 1990 (Comité des sans-abri, 1987 ; Hébert, Hamel, et Savoie 1997) aux travaux les plus actuels (Boudreau et Kapo, 2017 ; Bellot et Sylvestre, 2017), tous enjoignent les pouvoirs publics à engager des réponses globales, intersectorielles et en partenariat avec toutes les structures locales, (institutionnelles, communautaires, académiques, citoyennes), mais aussi avec les premiers concernés, les jeunes montréalais (Perreault, 2005).

2.2. Des apories d’un problème public construit à la dépolitisation de la question urbaine : les responsabilités de la ville néolibérale

Avant même les enseignements communs qui ressortent de leur étude, il est un point déterminant sur lequel les objets « gangs de rue » et « itinérance » se rejoignent : la difficulté de trouver une définition fixe et définitive. Malgré l’utilisation de définitions opérationnelles à partir des années 1990 par nécessité d’intervenir sur ces populations, les divers acteurs académiques montréalais n’ont eu de cesse de répéter qu’il était difficile voire impossible, mais aussi potentiellement peu pertinent d’en établir. Ces concepts recouvrent des réalités partielles et/ou partiales, qui évoluent en fonction des époques et des endroits, même à l’échelle d’une ville. Réalités partielles car derrière ces termes se cachent des « carrières déviantes » diverses, qui engagent plus que les individus dont il est question. Réalités partiales, car la (non) définition de ces termes n’est pas sans conséquence, comme le fait remarquer Marc Perreault sur la question des gangs de rue :

La confusion existant autour de la conception d’appartenance à un gang de rue satisfait autant les leaders criminels de ces groupes que les corps policiers qui s’évertuent à les réprimer. […] La police peut, de son côté, justifier l’apport de ressources supplémentaires pour les combattre en prétextant l’apparence de danger que suggèrent leur renforcement numérique et les moyens violents qui sont à leur disposition. (Perreault 2005 : 92-93)

Cette hypothèse étant similaire à celle des chercheurs du champ « itinérance », qui estiment que « les tensions normatives mises de l’avant pour définir l’itinérance et légitimer ces nouveaux cadres d’action témoignent des nouvelles formes de gestion de la question de l’itinérance » (Margier, Bellot, et Morin, 2014). En somme, ces problèmes publics, qu’ils soient définitivement circonscrits ou mis en débat, servent bien souvent à justifier une volonté politique dans la mise en place de nouvelles normes et la nécessité de les faire appliquer. On retrouve ici des exemples de processus que Howard Becker attribue aux entrepreneurs de morale (1985 : 171-188). Si l’on s’accorde sur l’aspect construit de ces problèmes publics, ou du moins sur l’artificialité de leur découpage, alors il convient d’interroger la pertinence des politiques publiques qui ont pour vocation de les solutionner. Certains chercheurs contestent directement la pertinence des catégories sur lesquelles ils travaillent pourtant depuis des années (González Castillo et Goyette, 2015), où s’affairent depuis longtemps à mettre en exergue le rôle des entrepreneurs de morale sur la persistance du caractère déviant de certaines pratiques (Bellot et Cousineau, 1996, 1998 ; Bellot et Sylvestre, 2017).

            Si l’appréhension de ces phénomènes par la pathologie ou la norme morale a disparu depuis les années 1980-1990, les nouvelles gestions de la déviance ne semblent pas introduire beaucoup plus de perspectives pour la question politique. En effet, « le cadre actuel d’intervention s’appuie sur ce que les criminologues ont nommé nouvelle pénologie, développée de façon intensive dans la décennie 1990. Dans ce cadre, le criminel n’est pas conçu comme immoral, il est plutôt considéré comme un agrégat de statistiques » (Boudreau et Kapo Touré, 2017 : 9). Il ne s’agit plus de rééduquer les déviants, mais de limiter l’informalité de leur être et de leurs pratiques pour reprendre le contrôle de l’espace public. Comme le constate Julie-Anne Boudreau : « de cette logique découlent des pratiques stigmatisantes comme le profilage racial ou l’identification institutionnelle des quartiers sensibles ou à risques » (2013 : 532). Ceci n’est pas sans rappeler la situation française, que l’on peut considérer comme homologue, à travers les polémiques autour des « bandes de jeunes » vivants dans des « quartiers sensibles », territoires supposément perdus de la République. L’utilisation de ces catégories par les politiques, amplifiée par les médias n’a pas été sans conséquence. À propos des bandes de jeunes en France et du caractère construit de celles-ci, Gérard Mauger expliquait

[Mais] la mise en scène médiatique des bandes de jeunes et la mesure de ses effets sur l’opinion publique via les sondages commandités par les médias […] pèsent peut être surtout sur le champ politique, non seulement en inscrivant le problème à l’agenda politique, mais aussi en imposant sa définition dominante, en évaluant son ampleur, en analysant ses causes et en suggérant les solutions possibles (prévention/répression, incarcération/rééducation, etc.) et, via les nouveaux dispositifs mis en place pour le résoudre, sur le phénomène lui-même. (2007 : 381)

À moyen terme, ces processus ont eu de réelles conséquences sur la politique de la ville en France, du moins sur la justification de son application (Tissot, 2007). En terrain montréalais, cela se traduit par une « dépolitisation de l’intervention sociale » (Boudreau, 2013), malgré les recommandations du champ académique sur ces questions. En effet, on observe une « résurgence de l’idéologie écosanitaire de l’écologie urbaine du début du XXe siècle » (Parazelli, 2009 : 10), l’espace public est considéré comme un écosystème fragile où le marché doit être protégé des interactions déstabilisatrices. Cette considération de la rue comme étant un endroit neutre dépolitise de fait la question de l’espace public, tout en remettant en question notre proximité avec l’idéal du « vivre-ensemble ». Il convient alors d’interroger la pertinence des investissements de l’État sur ces problématiques : alors même que c’est la puissance publique qui organise la judiciarisation de l’itinérance, elle finance la recherche des travailleurs sociaux qui n’y trouvent que des effets négatifs. Récemment, le CjM – qui est une initiative municipale – consulté sur la question de l’itinérance (2017), a rendu un avis dont l’une des principales recommandations est que la municipalité se rapproche des universitaires qui s’intéressent à la question depuis longtemps et dénoncent cette judiciarisation. La puissance publique institue la judiciarisation de l’itinérance depuis une vingtaine d’années, tout en finançant des concertations citoyennes dont les principales conclusions sont que la judiciarisation est une impasse. Il semble que les recommandations du CjM ne satisfont pas les impératifs du temps politique que sont les échéances électives. L’importance des résultats chiffrables ont leur importance et leur influence dans les orientations prises. La répression, qui donne l’impression d’efficacité à court terme, est un choix fort tentant pour les décisionnaires. Même la politique de prévention n’échappe pas à cette logique. Cherchant à objectiver et à donner de la visibilité à son action, elle se dote d’objectifs chiffrables, sur la toxicomanie, les maladies sexuellement transmissibles etc., et traite donc davantage les symptômes que les causes des phénomènes. S’il est certain qu’agir contre la toxicomanie et les maladies est impératif, il est aussi sûr que s’affairer exclusivement à cela revient à appliquer un pansement sur une jambe de bois. À l’inverse, les recommandations les plus ambitieuses, faites par le champ académique, mais aussi communautaire ou citoyen (CjM) impliquent une repolitisation de la question urbaine. Considérer les populations qui dévient du modèle dominant comme des acteurs à part entière est un risque pour les décideurs, porteur de résultats à (trop) long terme et couteux à court terme. Peut-être aussi que la portée politisante et le potentiel d’empowerment de ces approches vont à l’encontre de leurs intérêts.

Conclusion

Cet article n’est pas issu d’une recherche de terrain, il n’administre donc pas de nouvelles preuves empiriques sur les questions de sécurité urbaine. Il est inspiré de l’analyse bibliométrique de la production scientifique à ce sujet depuis les années 1980 et sur la littérature grise, produite par les institutions publiques et communautaires. Il prend en compte l’histoire récente du Québec, et plus largement celle de la métropolisation en occident. Mais l’objectif n’était pas seulement de compiler les conclusions des acteurs académiques et communautaires qui s’intéressent à l’espace et la sécurité publique. Plus que proposer un avis sur ces questions, il s’agit de les mettre en perspective avec le contexte politique dans lequel elles émergent, dans un esprit d’historicisation. Comme l’affirme Patrick Hassenteufel :

Ce sont moins les propriétés intrinsèques d’un problème (sa gravité, le nombre de personnes concernées, son urgence…) que sa mise en visibilité par différents acteurs (à travers des mouvements sociaux, des médias, des experts…), les ressources de ceux qui le portent et le relaient, les réponses disponibles en termes d’action publique et son adéquation avec des valeurs dominantes dans une société donnée et à un moment donné qui expliquent sa mise sur agenda par des autorités publiques. (2010 : 53)

C’est précisément le modèle de la Creative City (Florida, 2005) qui fait partie des valeurs dominantes depuis le début du siècle. On parle même de « floridisation des politiques urbaines, qui présente la face souriante de la ville entrepreneuriale » (Holm, 2010 : 89). L’histoire des métropoles occidentales marquées par le néolibéralisme est récente mais déjà très riche, nul doute que les politiques engagées depuis les années 1980 ont des conséquences observables aujourd’hui. Le préalable étant déjà de faire état de ces différentes politiques publiques et de leur inspiration. Si l’on a très tôt mis en relation la question de l’itinérance et la ville néolibérale à travers les tensions autour de la revitalisation de certaines zones en ville (Parazelli, 2000), peut-être est-elle à préciser et à remettre dans un contexte de plus long terme. Les mêmes tensions peuvent se retrouver dans les quartiers plus périphériques, lieux d’agissement des gangs de rue (González Castillo et Goyette, 2015).

     Le traitement par les pouvoirs publics et le monde universitaire de cette marginalité incarnée par les gangs de rue et les populations itinérantes est par ailleurs à questionner en même temps que la valorisation grandissante de la « créativité ». La criminalisation de certaines formes de marginalité peut sembler paradoxale alors que Montréal se présente également comme un haut lieu de la culture alternative, où les différents modes de vie cohabitent, en font sa richesse. Si ce n’est pas un paradoxe, c’est au moins une tension qu’il convient d’interroger : dans quelle mesure les pratiques transgressives sont-elles acceptées voire intégrées à la vitrine de la ville alternative ? Quelles sont les figures rassurantes adoubées par la ville créative ? À l’inverse, quelles en sont les figures menaçantes ? Peut-on vraiment garder les premières et éliminer les deuxièmes ?

            Ces interrogations nous amènent de fait à interroger les processus d’étiquetage (négatifs comme positifs) en les explicitant et les contextualisant. Cette remise en perspective devra également s’accompagner d’un travail d’historicisation du discours des entrepreneurs de morale. En effet, leur rôle dans la production de la menace est souvent occulté.

Il est significatif que la plupart des recherches et des spéculations scientifiques sur la déviance s’intéressent plus aux individus qui transgressent les normes qu’à ceux qui les établissent et les font appliquer. Si nous voulons comprendre pleinement la conduite déviante, nous devons garder l’équilibre entre ces deux directions possibles de nos investigations (Becker, 1985 : 188).

Parce que la déviance est avant tout une construction sociale située dans le temps et l’espace, son étude ne peut faire l’impasse d’une étude sociohistorique des institutions régulatrices de la déviance. Cette sociohistoire doit également permettre « d’élargir la question [de la sécurité urbaine] aux champs de la santé et de la protection sociale pour ouvrir une réflexion plus approfondie sur cette perspective historique » (Boudreau et Kapo 2017 : 9). En effet, si l’on s’accorde sur l’aspect construit de cette problématique et de son découpage, alors la sécurité urbaine ne saurait être autonomisée de tous les autres défis actuels. Elle s’intègre dans un contexte politique général qu’il s’agit d’interroger. Historiciser la question de la sécurité urbaine doit ainsi permettre de repolitiser une question qui fait aujourd’hui consensus. En effet, la sécurité a fortement à voir avec les questions de l’intégration du plus grand nombre aux processus décisionnels et l’émancipation de chacun qui constituent quant-à-elles des sujets politique clivants.

            Interroger conjointement ces enjeux permettrait de remettre en cause le caractère naturalisé des politiques sécuritaires actuelles. C’est-à-dire qu’elles ne sauraient être autonomes des enjeux politiques à l’ordre du jour, comme que l’intégration du plus grand nombre aux processus décisionnels et l’émancipation de chacun, horizon sur lequel les politiques de tous bord font campagne. Le besoin de sécurité constitue aujourd’hui un enjeu politique consensuel. Ce consensus a pour effet de dépolitiser la question et d’évacuer les clivages politiques. L’insécurité– urbaine ou non – pourrait n’être qu’un symptôme comme un autre de déséquilibres plus généraux, sur lesquels des clivages forts existent toujours.

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[1] Cette recension, sous la forme d’une base de données EndNote, a été construite à partir des mots-clefs récurrents que l’on trouve grâce à la requête « Déviance » [AND] « Montréal » sur les moteurs de recherche scientifique. Composée de 250 documents répartis comme suit : d’articles publiés dans des revues (87), de thèses et mémoires (68), de rapports dirigés par des chercheurs (42), de rapports publics ou communautaires (29) et de livres ou chapitre de livres (19).

[2] Il sera question de la définition contextuelle de ces termes ensuite, mais nous entendons « itinérant.e.s » et « gangs de rue » dans la même acception que dans leur utilisation par les médias québécois depuis les années 1990. L’itinérance est le terme utilisé pour désigner invariablement les sans-abris, sans domicile fixe (SDF) ou « jeunes de la rue ». Les gangs de rue désignent des groupes de jeunes plus ou moins structurés et mêlés à des activités criminelles et qui utilisent des signes d’identification spécifiques. Bien que le phénomène et l’ampleur soient différents, on retrouve des caractéristiques similaires chez les « bandes de jeunes » en France (Mucchielli et Mohammed, 2007), y compris dans leur traitement médiatique.

[3] Source : « Le Département de criminologie de l’Université de Montréal : Enseignement et recherches en cours ». Acta Criminologica, 1969. 2(1), 169–191.

[4] Notons que la revue Criminologie est officiellement rattachée au département homonyme de l’Université de Montréal, et qu’elle est héritière de Acta Criminologica. Étant la seule revue de criminologie francophone en Amérique, c’est en ce sens un objet d’étude intéressant pour étudier la criminologie québécoise.

[5] Voir notamment : LANDREVILLE, Pierre (1986). « Évolution théorique en criminologie : l’histoire d’un cheminement ». Criminologie 19, no 1 : 11

[6] Notons que les gangs de motards partagent l’affiche avec les mafias d’origine italienne, très liées à leurs grandes sœurs américaines.

[7] Maurice Chalom et John Kousik sont les directeurs de l’ouvrage collectif « Violence et Déviance à Montréal ». Ils travaillent pour le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) et ne peuvent pas être considérés comme des universitaires. Malgré son titre qui nous donne l’impression d’exhaustivité, l’ouvrage se concentre essentiellement sur les gangs de rue, l’itinérance et la violence conjugale. Il a pour objectif de brosser le portrait des expressions de la déviance à Montréal d’un point de vue opérationnel, pas d’en expliquer les causes.

[8] Marguerite-Michelle Côté, « Les jeunes de la rue à Montréal : une étude d’ethnologie urbaine » (Université du Québec à Montréal, 1989).

[9] NB : le CRI cesse officiellement d’exister en 2009 et il n’est pas indiqué que le CREMIS en soit l’héritier officiel. Cependant, Shirley Roy et Roch Hurtubise, les deux fondateurs du CRI sont aujourd’hui membres du CREMIS. De plus, CRI a très peu publié à partir de la création du CREMIS en 2004.

[10] Voir notamment « Jacques Hébert, S. Hamel, et G. J. Savoie, « Jeunesse et gangs de rue (phase I) : revue de littérature » (Montréal : Institut de recherche en développement social pour les jeunes, 1997) ». C’est la définition de cette revue de littérature fera foi tant pour les institutions publiques que pour les recherches académiques. Celle-ci sera actualisée dans un article paru dans Criminologie (Hamel, Alain, et Messier-Newman, 2015).

[11] Notons que les principaux chercheurs du champ montréalais qui ont soutenu leur thèse à la fin des années 1900 ou au début des années 2000 (époque où l’entité « gang de rue » n’était pas véritablement constituée) n’ont pas fait leur thèse sur le sujet. Par exemple, Sylvie Hamel a travaillé sur les adolescents suicidaires (1995) et Jean-Pierre Guay sur les délinquants sexuels (1972). Si Carlo Morselli évoque les gangs de rue dans sa thèse sur les relations dans les organisations criminelles (2002), ce n’est pas l’entité principale.

[12] Voir notamment les ouvrages de Maria Mourani sur la question (Mourani, 2006 ; Mourani, 2009).

[13] C’est précisément une zone nommée « centre-ville-est » qui est considérée comme la zone de concentration des itinérant.e.s. Au niveau de la rue Saint-Catherine entre l’avenue Papineau et le boulevard Saint-Laurent.

[14] Hébert J., Hamel S., Savoie G.J., 1997, « Jeunesse et gangs de rue (phase I) : revue de littérature », Montréal, Institut de recherche en développement social pour les jeunes.